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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 14:27

Retour vers le futur, je repense à mon baiser raté de l’autre jour.
Pourquoi, donc ?

Hormis le fait que j’ai été très nulle ce jour-là, il y a quand même des raisons DEFENDABLES de louper un tel coche (le genre de raisons qui fait que je peux toujours me regarder dans la glace le matin).
Parmi ces dernières, il y a la différence Paris/Province concernant l’homosexualité et son acceptation dans la société.

C’est de ça que j’ai décidé de vous parler aujourd’hui.
Ce sujet de réflexion buzze beaucoup autour de moi, pour plein de raisons différentes, notamment à la faveur de la diffusion du documentaire.
Ben oui, aurai-je pu faire ce que j’ai fait et continuer à marcher dans les rues de ma ville pareil après une telle visibilité ?
Une fille m’a fait remarquer l’autre jour que je ne me baladais à Paris à des heures impossibles, sans sifflet ni rien.
Avec le nombre de gens qui connaissent ma tête maintenant, ça va être drôle de croiser la route d’un homophobe un peu allumé sur un boulevard désert.
Hé bien, à Paris, même si on y «casse [encore] du pédé» (ne nous faisons pas d’illusions), la situation est quand même plus facile à vivre que dans une ville de province où les «on-dit» sont omniprésents, où, suivant l’échelle de la ville, on vous reconnaît plus facilement. Où on vous fait sentir plus violemment que vous n’êtes pas partie prenante de la société.

Je suis allée parler à Aurélie, une de mes followeuses sur Twitter (comme quoi c’est coul de me suivre, on supporte mes conneries, mais on peut être mis à l’honneur sur mon blog !), qui vit à Dijon, pour vérifier que tout ce que je pensais sur l’homophobie en province était réel et si ce n’était pas une énième lubie de parigote.

Le regard d’Aurélie est d’autant plus intéressant pour moi qu’elle est hétéro (et oui y’a pas que des gouines qui me suivent \o/), ce qui fait qu’elle est plus objective face à un tel sujet. «Personnellement, me dit-elle, je n'ai jamais vu de couple gay ou lesbien en faire étalage ouvertement dans la rue. Je pense que d'une certaine manière, ça doit être encore "mal vu". Les dijonnais vivent dans une ville du Moyen-Age, ils ne dérogent pas à leurs idées moyenâgeuse non plus -_-'».

Bon, ben, y’a encore du boulot.
Mon quai-du-train de l’autre jour n’était pas dijonnais, mais rêmois. J’avoue. Mais quand je lis un tel témoignage, je ne peux pas m’empêcher de penser que ma petite gouine aurait peut-être eu des soucis, si je l’avais embrassée, et c’était pas exactement le but poursuivi à l’origine.
Personnellement, je l’ai déjà écrit ici, je n’ai pas peur. Mais je suis assez peluche pour ne surtout jamais faire de mal à qui que ce soit. Et c’était une manière de mettre quelqu’un en danger.

Aurélie poursuit : «Mon père habite dans un petit village de la Nièvre, et là l'homosexualité est considéré par la gérontocratie locale comme une tare propre aux "jeunes" au même titre que la drogue et l'alcool. Pour avoir écouté les conversations qui se tiennent dans l'enceinte sacré de la pharmacie et/ou de la boulangerie, je peux en témoigner. Ca me révolte, mais il y a des gens qu'on ne peut pas changer. Je connais un couple de femmes qui vivent là-bas et qui ont même 2 petites filles, mais je ne sais pas si elles ont vécu ouvertement des cas d'homophobie.»

Elle pointe le problème souvent rencontré en province : quand ce n’est pas l’échelle de la ville, c’est la population qui n’aide pas. Vraiment pas.
Je me réjouis toujours quand ma jeune cousine me dit : «Mais t’as une copine ? C’est trop cool !» (alors que c’est faux, elle a vu le documentaire, mais ma copine m’a larguée ><*) parce que je me dis que les adultes de demain seront peut-être moins réfractaires sur ce point que leurs aînés parce qu’élevés dans un esprit de tolérance.
Mais les aînés, eux, sont à la traîne, et on ne peut pas leur en vouloir : ils viennent d’une autre époque et n’ont plus l’âge de changer d’avis. On se raidit quand on vieillit. C’est comme ça.
Et il se trouve qu’il y a plus de personnes âgés en province, qu’à Paris, en proportion avec la population.

Si ce n’est pas de l’homophobie violente type «casser du pédé», les personnes de ma communauté ont plus de mal à l’assumer en province parce que le poids des regards de travers de tout un village est parfois....hum usant.
Imaginez-vous entrer dans un salon de coiffure dans un silence de mort, où tout le monde vous suit du regard et commence à chuchoter sur votre passage. Génial, comme quotidien, hein ?

«A Paris, j'ai l'impression que tout est beaucoup plus "normal" et que tout passe plus facilement, mais je crois que c'est une façade», conclut Aurélie.
Je la rejoins sur ce point. Paris étant une capitale où plus de choses sont possibles, la communauté gay s’y est un peu «imposée». Mais cela ne veut pas dire que les gens n’en  pensent pas moins.
La meilleure preuve est qu’on aie peur pour moi et qu’on me conseille de sortir le soir avec un sifflet. Qu’on me félicite pour mon courage.
Alors que je vis à Paris.

Le local de mon association a été vandalisé. Nous sommes dans la capitale.
Et si on apprenait à vivre ensemble, et pas les uns à côté des autres ?

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commentaires

Aurélie 17/06/2010 12:14


"Et l'hétéro qui serait plus objective: ah ah ah ah XD
genre, nous, on subit une oppression, donc on serait parano??
Les hétéros, même femmes, font aussi, très souvent, le jeu de la lesbophobie, en nous dénigrant, en nous utilisant comme pote-alibie ("ma pote lesbienne" sous-entendu "je suis cool, ouvert, j'ai
une copine lesbienne), ou comme objet sexuel pour les copains...

Les hétérotes, elles font partie de ce système, mais souvent du côté des oppresseurs: comment veux-tu qu'elles soient objectives? Elles vont voir le plus évident, mais pas, par exemple, comprendre
à quel point ça bouffe notre énergie, de nous demander tout le temps quel risque on prend, quel impact ça aura de dire, à tel moment, tel endroit, telle personne, ou de montrer qu'on est lesbienne,
ou bien elles vont défendre des mecs qui nous utilisent comme support de fantasme, etc."

L'hétérote en question se défend de ce genre de propos. Je n'ai pas besoin d'alibi, j'ai des amies bi et lesbiennes juste parce que je choisis mes amies parce que je les considère comme étant,
indépendamment de leurs orientations sexuelles, des personnes formidables. Je n'ai pas besoin d'alibi pour justifier de mon état d'esprit, et je pense avoir assez d'empathie pour vous comprendre un
minimum.
En fait, je ne suis pas tout à fait d'accord, et je ne me mets pas dans ce sac là.
J'ai donné mon avis par rapport à ce que je pouvais voir, dans ma ville de petit-bourgeois et dans mon village de la France profonde. Il est fort possible que ça ne soit nullement une généralité.


Marie 15/06/2010 11:05


Je suis tout à fait d'accord avec mes camarades lectrices de ton blog...
Comme j'ai déjà eu l'occasion de te le dire, je me sentais bien plus en sécurité en province qu'à Paris. Certes c'était peut-être aussi une certaine forme d'insouciance, mais, tout de même...
Mais ce que je remarque à Paris, avec mes yeux de provinciale fraîchement débarquée, c'est que tout y est plus extrême qu'en province. C'est l'effet grande ville, évidemment. Et du coup,
l'homophobie comme """l'homophilie""" s'y expriment avec la même force, ce qui crée l'équilibre. Il n'y a ni plus ni moins de préjugés en province, c'est juste que l'équilibre est différent.
Il y a une chose aussi, c'est qu'il faut penser que Paris c'est un département de vingt villes. Et il y a des "villes" parisiennes dans lesquels on ne se montre pas... La province, c'est pareil. Si
tu prends les vingt plus grandes villes de n'importe quel département, la proportion de villes "oùilvautmieuxpastropsemontrer" est à peu de choses près la même que sur les arrdt de Paris. C'est
juste une question de densité, je crois.
Après, je parle avec ma connaissance de ma province lilloise, qui est loin d'être la plus reculée et la plus homophobe, mais je ne pense pas que le clivage soit géographique. Il me semble (mais
c'est un avis très personnel) que c'est davantage lié à l'implantation de la religion dans la région (religion quelle qu'elle soit parmi celles du Livre: toutes condamnent l'homosexualité, de toute
façon)
Voilà, sur un sujet pareil, tu te doutes bien qu'il fallait que je réagisse ;-)
Et concernant le baiser raté, le plus simple aurait été de lui faire confiance: si elle le faisait, c'est qu'elle savait qu'elle le pouvait. On la connaît bien notre province, en règle générale:
toujours faire confiance aux provinciaux, toujours!


Lily 15/06/2010 10:42


mYsandriste -> Oulà, mais faudrait voir à se calmer là quand même ! Oriane n'a jamais rien dit de tout ça (ou peut-être que tu n'as pas lu son article en entier ?) Elle explique justement que
bien que ce soit généralement plus difficile en province de vivre son homosexualité du fait de la petite taille des villes (idée soutenue par beaucoup de jeunes de notre association venant
d'ailleurs que Paris), au fond, la situation n'est pas vraiment mieux dans la capitale non plus... et dans les deux cas, il y a du progrès à faire. Pas la peine de s'enflammer en citant tous les
préjugés possibles sur les provinciaux qui d'ailleurs n'apparaissent à aucun moment dans l'article.
Et d'une manière générale, si on exclue les autres grandes villes françaises, il EST plus difficile d'être gay dans un village qu'ailleurs, en témoigne le nombre de lgbt qui viennent vivre à Paris
en invoquant cette raison.


TornBlueJeans 15/06/2010 01:12


Merci à vous 3 pour votre franchise !

Je n'ai jamais dit que j'étais la science infuse dans le sujet, j'interroge seulement le monde dans lequel je vis, c'est le but de ce blog.
Et comme ça, j'apprends des choses. Etre dans le consensus, c'est relou, je préfère être critiquée plutôt qu'on me dise que j'ai raison, comme ça je peux affiner mon jugement.

J'étais au courant pour le 22 mai, j'étais même à la manifestation de protestation contre cet acte.

Bien sûr que Paris peut rougir de ce qu'elle est. Bien sur que ce n'est pas -et de loin- la ville où les choses sont les plus faciles.
Il y a certains endroits de province où la vie est dix fois plus facile.

Quand je parle de "casser du pédé", je reprends l'expression. Mais je pensais aussi aux gouines, pas la peine de jouer sur les mots.

Pour les boites etc., c'est un peu différent, je pense qu'il y a une question 1) des pure comportement social 2) d'argent qui fait que nous ne sommes pas toujours les bienvenues. Mais c'est pas la
priorité pour moi. Ça me semble bien moins grave que le reste.

Quand à l'hétérotte, j'ai choisi de lui parler tout simplement parce que qu'avoir un point de vue de lesbienne aurait été...trop facile, disons. On est parfois très à fleur de peau -moi la
première- et j'avais peur de fausser le jugement par un parti pris de ce genre, d'autant plus que n'ayant pas réellement vécu en province, je voulais essayer d'être juste. Mais c'est pas
facile.
Je me suis un peu plantée, mais c'est pas grave, parce que grâce à ça vous m'avez dit des choses très intéressantes, et ça me fait rebondir. Je vais continuer à m'interroger sur ce que je vis.


Hothead 14/06/2010 21:48


Heu...
Perso, jusqu'ici, Paris est la ville où je me sens le moins bien en tant que lesbienne!
(Et pas que en tant que lesbienne, d'ailleurs. ;))
Ok, je n'y reste jamais longtemps, mais ça pue.
Tu es au courant que le 22 mai, deux amoureuses ont été tabassées à Paris?
Ben ça m'étonne certainement pas.

"Casser du pédé"

C'est pas comme si nous, lesbiennes on en réchappait forcément...les coups, les insultes, les viols, c'est aussi, et très souvent surtout, pour notre pomme.

Et l'hétéro qui serait plus objective: ah ah ah ah XD
genre, nous, on subit une oppression, donc on serait parano??
Les hétéros, même femmes, font aussi, très souvent, le jeu de la lesbophobie, en nous dénigrant, en nous utilisant comme pote-alibie ("ma pote lesbienne" sous-entendu "je suis cool, ouvert, j'ai
une copine lesbienne), ou comme objet sexuel pour les copains...

Les hétérotes, elles font partie de ce système, mais souvent du côté des oppresseurs: comment veux-tu qu'elles soient objectives? Elles vont voir le plus évident, mais pas, par exemple, comprendre
à quel point ça bouffe notre énergie, de nous demander tout le temps quel risque on prend, quel impact ça aura de dire, à tel moment, tel endroit, telle personne, ou de montrer qu'on est lesbienne,
ou bien elles vont défendre des mecs qui nous utilisent comme support de fantasme, etc.

Au contraire, parce qu'on vit l'oppression, on est bien les mieux placées pour en parler!!!

Tschüss


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  • TørnBlueJeans
  • Ben voilà. Ça c'est moi. Une gouinette hyperactive, qui fait plein plein plein de choses en même temps. Une fille qui ne se repose que pour se foutre sur internet et écrire ce foutu blog !
http://twitter.com/quota_atypique
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