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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 02:54

Il y a deux sortes de bons films : les films desquels on sort en redécouvrant la réalité au point la remettre en question, en plus de ressentir cette espèce de vertige pâteux à la sortie de la salle, choqués par le fait de revenir à la triste réalité de la place de la Nation après trois heures passés dans la Matrice, et ceux dont on sort en se disant qu’on n’a jamais été aussi près de la réalité. Après le vertige du dépaysement l’étonnement du microscope.
Je crois que The kids are all right est de cette dernière catégorie.

 

Comme d’habitude, quand je sors de spectacles de ce genre, je ne sais jamais par où commencer : le travail d’équilibriste de la critique de tout spectacle plus ou moins culturel et de qualité est celui de prendre son courage à deux mains et de trouver une accroche parmi les milliards de choses qu’on a envie de dire en même temps.

 

Étonnement du microscope, disais-je. Quand on est lesbienne et qu’on a 21 ans, on a forcément un jour pensé à l’éventualité -serait-elle minime- d’avoir peut-être des enfants. Et on se demande toutes, à un moment donné, comment ça va se passer ? C’est long, c’est compliqué et c’est même douloureux d’avoir un enfant de nos jours quand on aime les femmes. Et il y a tellement de manières de procéder, de conjuguer cette chose très importante qu’est la maternité. C’est la porte ouverte à plein d’incertitudes, de reconfigurations, de questions : et l’homme dans tout ça ? Parce qu’un moment donné où à un autre, un homme (puisqu’il faut du sperme) rentre dans la configuration…Comment construire cette chose instable et difficile -la famille- autour de cette procréation qui se fait, en fait, à trois, sans que tout explose ?
C’est ce nœud qu’explore le film.

 

Ce film nous parle moins d’homoparentalité que d’une famille, et c’est en ça qu’à mon sens il est réussi. C’était un pari que de partir sur un thème aussi compliqué et aussi important, et elle a réussi avec brio ce travail d’équilibriste : nous avons là un film sans bons sentiments niaiseux ni fin à la Cendrillon, sans manichéisme primaire ni exaltation bornée de l’homosexualité. Rarement, je crois, un film n’aura approché ce thème avec cette justesse et cette acuité.

 

Justesse tout d’abord sur le regard, le parti-pris : il est ici donc avant tout question d’une famille, de cette relation interpersonnelle complexe entre quatre individus (deux mamans, deux enfants), et c’est tout. On n’en fait pas un pataquès qu’elles soient lesbiennes et c’est très bien, car au final, ce n’est pas ça le plus important ; c’est la famille qu’ils forment ensemble. Ce n’est pas si différent d’une famille hétérosexuelle. Une équivalence tacite est mise en place, sans que cela soit revendicatif. Et surtout, (et c’est là où j’applaudis à deux mains, très fort), en plus de dédramatiser l’homoparentalité en lui donnant ce statut de parentalité à part entière sans en faire trop (ce qui est déjà énorme), ce film réussit à nous faire approcher la grande complexité des relations humaines. Comment l’on peut être lesbienne, essayer les hommes, et revenir aux femmes, et ne pas devenir bi, parce que ce serait trop simple. C’est comme ça dans la vraie vie. Les gens passent leur temps à se chercher. La vie, c’est une question qui ne se ferme jamais vraiment.

 

Justesse également sur le jeu, le choix des acteurs et leur interprétation des personnages. On a un couple de lesbiennes qui «font lesbiennes» sans tomber dans le cliché à outrance, un «donneur» à la personnalité vraiment complexe. Chaque personnage est très travaillé et interprété avec talent. On s’y identifie très bien, sans pour autant perdre en profondeur de caractère : les gens dans la vraie vie sont comme ça, ils ont plusieurs facettes, sont instables, imprévisibles. Les princesses n’épousent pas les princes charmants, quoi. Mais c’est ça qu’est beau aussi.

 

En somme, on ne va pas voir ce film parce que ça parle de deux lesbiennes qui ont des gamins, comme on va voir les trucs de niche parce que c’est notre chapelle, mais pour plonger dans la réalité palpable de la parentalité, de ses écueils et de ses réussites. On y va pour passer un grand moment plongé dans la vraie vie, que la photographie de ce film ne lâche pas d’une semelle, sans mélodrames inutiles, ni violons. Juste le cadrage, la cadence toujours à propos avec la scène qui se déroule.
Et c’est dix fois plus riche.

 

Même la musique est bien.

 

Courrez au cinéma.

 

 

(Je tiens à remercier Yagg de m’avoir donné l’opportunité de voir ce film, et je tiens également à signaler que non, je n’ai été soudoyée par personne !)

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commentaires

Jenny 03/10/2010 18:44


Ton article donne vraiment envie d'aller voir le film même si j'étais déjà décidée avant. Tu en parles très bien, nous suivrons donc tes conseils.
Merci encore, tu as gagné une lectrice grâce à cet article ;-)


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  • Ben voilà. Ça c'est moi. Une gouinette hyperactive, qui fait plein plein plein de choses en même temps. Une fille qui ne se repose que pour se foutre sur internet et écrire ce foutu blog !
http://twitter.com/quota_atypique
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