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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 10:29

 

Il y a des périodes qu’on occulte.

 

Quand j’étais plus jeune, je ne voyais pas les garçons. On me les désignait dans la cour de récréation, on me les présentait. J’essayais avec eux, je projetais mon corps lourd et douloureux contre eux, je les laissais me prendre les poignets, me dire des choses insensées. Je regardais ailleurs. 

J’étais toujours un pas de côté dans le ballet.

Je réfléchissais beaucoup avant de les trouver désirables. Je finissais par fermer les yeux sur leur odeur, leurs mains gauches, leurs mentons qui piquaient, râpaient.

Tout était incroyablement factice. 

Mais je continuais à danser. Je m’imaginais que j’étais dans la danse. Je les déréalisais pour me faire croire que je dansais. Je ne m’attachais pas à eux, mais à leur image.

 

J’ai des souvenirs nauséeux de ces jours où l’orage couvait sous ma peau.

Dix centimètres de distance, d’un nez à l’autre. Non. Je ne pouvais pas. Je ne pouvais jamais. Je fuyais lâchement à la dernière seconde.

Je me croyais folle, ou malade.

 

A défaut de savoir me laisser apprivoiser, je suis devenue sauvage. Furieuse et insaisissable. Je leur fuyais entre les mains.

Comme leur désir était toujours le même, les pas de danse ne changeaient pas. Je dansais pour me prouver que je pouvais les avoir dans mes filets, comme les autres. 

Mais je n’étais pas comme les autres. Eux, ils ne pouvaient pas m’avoir.

 

J’ai fini par comprendre que ma folie avait un nom : les femmes. Que je n’étais pas faite pour ce tango-là. Que je pouvais trembler, que je pouvais sourire, que je pouvais passer ces foutus dix centimètres. J’ai compris, et tout s’est éclairé.

 

C’est une période qu’on enfouit, après l’avoir vécue, dans des cartons destinés à la poussière qui s’accumule. Ces cartons qu’on retrouve avec émerveillement vingt ans après. On tourne une page, on devient quelqu’un d’autre.

On s’adapte, on réapprend la nouvelle danse. 

Tout est à refaire, mais je souris plus souvent.

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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 03:10

Y'a deux mecs et demi à la maison.

Je vis avec mon père et mon frère, dans un appart confortable où chacun a son intimité.
Je me suis construit un petit cocon fait d'images de filles, de cartes postales de Beaubourg, de bordel organisé, très agréable.
J'y vis pas mal.

Mon frère est juste à côté, il tape de temps en temps dans sa batterie. Mon père, en bas, parfois joue de la guitare.
Moi, j'emmerde le monde avec ma basse.
Personne ne s'offusque du rainbow flag au dessus de mon lit.

2 mecs et demi. Pas un pour rattraper l'autre.
Bah oui : je pense comme un mec, et pi je suis queer en plus, donc je suis un demi mec, qui se rajoute aux deux autres mecs avec qui je vis.
Conséquences futiles :
-beaucoup de vaisselle dans l'évier (ben oui, les garçons pensent que la fille va la faire, mais je pense comme eux moi...)
-pas de sèche-cheveux (depuis que j'ai les cheveux courts, j'ai zappé que ça pouvait être utile...)
-pas de poubelles dans les salles de bains (ça c'est relou, par contre)
-un frigo souvent vide (avec, par contre, TOUJOURS une bière au frais...)
-des discussions sur les nanas à table, des chansons grivoises aussi parfois (\o/)
-des confusions de vêtements (non Papa, ça c'est MA chemiiiise, en plus c'est du S...)
-des lectures communes qui traînent dans le salon (Des journaux, surtout. Mais si je ramènes GQ ils le lisent. La Dixième Muse, c'est pour mes archives perso :p)
-des problèmes le matin pour mettre ses chaussures (tiens, je flotte dans mes baskets...ah ben oui c'est celles du frérot...><)
-un drôle de silence quand y'a une belle meuf à la télé
-une femme de ménage qui s'emmêle les pinceaux (ma chambre et cette de mon frère se ressemblent vâchement mine de rien)
-le strict minimum dans le placard à pharmacie, et dans les salles de bain (je n'ai pas trois tonnes de produits, comme les vraies filles, vous voyez...)
-and so on...

Ça donne un quotidien drôle, assez atypique vu de l'extérieur, j'aime bien cette vie. 

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27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 12:01

Je viens de tomber sur un document historique.

Non, pas le dernier discours de Harvey Milk (quoique ça aurait mérité un post aussi...) mais un interview de moi à 9 ans.
Le choc.

Je me suis revue, avec ma tête de l'époque, mon parler de l'époque. Mon frère à l'époque (trop mignnnooooooon *__*).
J'ai réalisé le chemin parcouru, depuis ce truc bavard à lunettes (en plastique, rondes, énormes, la classe) à la lesbienne épanouie et rayonnante qui se pointe en robe au réveillon du 25 ("mais voilà, Oriane que tu peux être féminine....").
Je ressemblais à une trisomique, à l'époque. Quand on vit dans son corps, on ne se voit pas. On ne se perçoit pas. Se voir de l'extérieur, c'est bizarre.
Je suis bien contente de ressembler à Shane aujourd'hui.

Y'a un truc que je n'ai pas pu m'empêcher de faire, c'est de chercher les détails qui auraient préfiguré la goudou d'aujourd'hui, dans cette perpétuelle vérification de la sexualité que j'ai déjà imposée à tout le monde sans plus de matières, qui caractérisece que je suis aujourd'hui.
Je note mes attitudes de butch (assise les genoux relevés...aucune conscience de la robe verte à col blanc que je porte alors), je note qu'à neuf ans je suis déjà dans le déni (le PACS venait d'apparaître : je l'avais remarqué, ce qui m'étonne. Je déclare que je me marierai mais que je ne me pacserai pas), que j'aime le foot sans me l'avouer ("ça m'intéresse, mais voyons, ça serait ridicule").
J'étais aussi écolo. Rien à voir, mais c'est trop mignon, le côté écolo militant à 9 ans.

Ce qui me tue, c'est que ça correspond presque pas au souvenir que j'ai de moi à 9 ans. C'est une fille paumée, franchement déguisée, qui parle comme un livre, emploie plein de mots compliqués (je passais ma vie dans les livres....les humains? Trop compliqué). Très anormale en fait. Mais pas si dérangée que ça par sa situation dans la société...Je me souviens très clairement d'avoir voulu être une fille, mais pas comme les autres filles. 
Queer à 9 piges, dingue.
Je regrette de ne pas avoir tenu de journal intime, ça m'aurait ptet' aidé à comprendre qui j'étais, avec le recul. Je n'ai pas assez de souvenirs subjectifs de cette période, c'est dommage. J'ai plein de documents vidéo, mais en famille. A l'école; ce que je ressentais était différent, et rien ne transparaît de cela hormis mes souvenirs, bien flous.
Les filles dans la cour que je sentais tellement loin de moi, assez mystérieuses, en fait. Les histoires que je me racontais à mi-voix. Mes attitudes de cow-boy, surtout quand on jouait avec les cousins.
Il n'en reste rien hormis dans ma tête, c'est dommage.

Bon, rentrez vos mouchoirs, c'était l'instant gouinostalgique.

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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 15:23
Je me suis posé la question ce matin.

Les filles qui aiment les filles et qui me lisent, mettez-vous dans la situation (que vous avez toutes plus ou moins connue, ne niez pas) : il est 3h du mat', vous avez accompagné (quelle générosité) votre meilleure amie en boite hétéro et vous regrettez amèrement, et pour cause, un vieux relou vous alpague. Vous lui répondez poliment que vous êtes nomonexuelle, mais visiblement il ne comprend pas:
- Bah super, on peut faire un plan à 3 ?
- ...
Mine consternée, soupir, etc. Vous cherchez des yeux votre meilleure amie, désespérée. 

Ils n'ont rien compris.
C'est très gentil à eux -qui croient nous faire plaisir- de mettre à notre disposition leur petite copine, mais en fait c'est pas si gentil que ça. Nous, on est les lésées dans l'histoire.
Le cadeau, c'est plus pour eux & leur copine.

Pour un peu qu'on soit un tantinet exclusive -comme je le suis- l'expérience peut se révéler au mieux agréable, mais toujours frustrante. Le niveau de plaisir dépendant souvent de la présence plus ou moins insistante de monsieur dans l'histoire.
Vous sortez de là, furieuse, seulement à moitié satisfaite, un peu usurpée.
Vous avez été, le temps d'une nuit, un outil, un sex-toy.
Logique : mademoiselle a deux personnes pour elle toute seule; monsieur est aux anges de voir sa nana s'envoyer en l'air avec une autre, et vous, vous avez pris ce que vous avez pu, puisque vous ne pouvez touchez mademoiselle que 50% du temps, le reste étant alloué à monsieur.

A vous les mecs, j'aimerai vous dire : on n'est pas lesbienne pour vous supporter dans notre lit. Si on est goudou, c'est qu'à priori on n'a pas besoin de vous. D'où mon titre (je ne l'ai pas oublié).
Etre lesbienne, c'est quelque part un acte féministe, parce que c'est vous montrer qu'on peut très bien atteindre l'orgasme sans vous. Et avec vos proies à vous.
Ce n'est pas pour rien que le mouvement d'affirmation des lesbiennes s'est d'abord greffé sur celui des féministes. Et d'ailleurs, les chiennes de garde, bien que parfaitement hétérosexuelles, sont des butches parfaitement réussies.

J'en ai marre de ces hommes qui croient être ouverts d'esprit, et qui derrière sont capables d'utiliser la lesbienne comme un objet visant à satisfaire leurs fantasmes. Notre sexualité et la leur sont au même niveau. L'une ne doit pas servir l'autre.
Ça suffit. Nous sommes des êtres humains également, avec des sentiments, avec lesquels ils jouent sans savoir ce que ça peut avoir comme conséquences, et les conséquences peuvent être désastreuses.

Donc messieurs, le plan à 3 c'est réservé à trois personnes TOUTES bisexuelles, et pas du tout sentimentales, sinon vous risquez de frustrer au moins l'un/e des trois participants. Ce sont des configurations très très rares, donc arrêtez de fantasmer, ça ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval. La quasi totalité des couples qui s'y essayent se brisent au bout d'un moment.

Arrêtez, par pitié, de penser qu'il suffit de pousser une fille dans les bras d'une gouine pour qu'elle soit contente. Arrêtez de penser que le cul justifie tout, arrêtez de penser que c'est normal. Non, ce n'est pas normal, faire l'amour c'est aussi prouver son amour à quelqu'un en partageant un moment de grande intimité avec cette personne. Et un moment d'intimité avec mademoiselle quand monsieur regarde, ce n'est plus très intime. Ce n'est, à la limite, même pas la question qu'il soit un mec, c'est qu'il soit là.
Ne venez pas me dire que je suis androphobe, vous avez bien vu que non. C'est juste que j'estime suffire amplement au plaisir de la fille à qui je fais l'amour, et que les garçons sont vraiment accessoires dans l'histoire, parce que si je l'aime je pense que c'est ce qui suffit.


 A bon entendeur....
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  • Ben voilà. Ça c'est moi. Une gouinette hyperactive, qui fait plein plein plein de choses en même temps. Une fille qui ne se repose que pour se foutre sur internet et écrire ce foutu blog !
http://twitter.com/quota_atypique
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