La vie de ma fenêtre...comment une lesbienne voit le monde ? Qu'est ce qui peut lui passer par la tête ? Au fond c'est quelqu'un comme vous, à un détail près :)
Je viens de tomber sur un document historique.
Non, pas le dernier discours de Harvey Milk (quoique ça aurait mérité un post aussi...) mais un interview de moi à 9 ans.
Le choc.
Je me suis revue, avec ma tête de l'époque, mon parler de l'époque. Mon frère à l'époque (trop mignnnooooooon *__*).
J'ai réalisé le chemin parcouru, depuis ce truc bavard à lunettes (en plastique, rondes, énormes, la classe) à la lesbienne épanouie et rayonnante qui se pointe en robe au réveillon du 25 ("mais voilà, Oriane que tu peux être féminine....").
Je ressemblais à une trisomique, à l'époque. Quand on vit dans son corps, on ne se voit pas. On ne se perçoit pas. Se voir de l'extérieur, c'est bizarre.
Je suis bien contente de ressembler à Shane aujourd'hui.
Y'a un truc que je n'ai pas pu m'empêcher de faire, c'est de chercher les détails qui auraient préfiguré la goudou d'aujourd'hui, dans cette perpétuelle vérification de la sexualité que j'ai déjà imposée à tout le monde sans plus de matières, qui caractérisece que je suis aujourd'hui.
Je note mes attitudes de butch (assise les genoux relevés...aucune conscience de la robe verte à col blanc que je porte alors), je note qu'à neuf ans je suis déjà dans le déni (le PACS venait d'apparaître : je l'avais remarqué, ce qui m'étonne. Je déclare que je me marierai mais que je ne me pacserai pas), que j'aime le foot sans me l'avouer ("ça m'intéresse, mais voyons, ça serait ridicule").
J'étais aussi écolo. Rien à voir, mais c'est trop mignon, le côté écolo militant à 9 ans.
Ce qui me tue, c'est que ça correspond presque pas au souvenir que j'ai de moi à 9 ans. C'est une fille paumée, franchement déguisée, qui parle comme un livre, emploie plein de mots compliqués (je passais ma vie dans les livres....les humains? Trop compliqué). Très anormale en fait. Mais pas si dérangée que ça par sa situation dans la société...Je me souviens très clairement d'avoir voulu être une fille, mais pas comme les autres filles.
Queer à 9 piges, dingue.
Je regrette de ne pas avoir tenu de journal intime, ça m'aurait ptet' aidé à comprendre qui j'étais, avec le recul. Je n'ai pas assez de souvenirs subjectifs de cette période, c'est dommage. J'ai plein de documents vidéo, mais en famille. A l'école; ce que je ressentais était différent, et rien ne transparaît de cela hormis mes souvenirs, bien flous.
Les filles dans la cour que je sentais tellement loin de moi, assez mystérieuses, en fait. Les histoires que je me racontais à mi-voix. Mes attitudes de cow-boy, surtout quand on jouait avec les cousins.
Il n'en reste rien hormis dans ma tête, c'est dommage.
Bon, rentrez vos mouchoirs, c'était l'instant gouinostalgique.