La vie de ma fenêtre...comment une lesbienne voit le monde ? Qu'est ce qui peut lui passer par la tête ? Au fond c'est quelqu'un comme vous, à un détail près :)
Retour vers le futur, je repense à mon baiser raté de l’autre jour.
Pourquoi, donc ?
Hormis le fait que j’ai été très nulle ce jour-là, il y a quand même des raisons DEFENDABLES de louper un tel coche (le genre de raisons qui fait que je peux toujours me regarder dans la glace le matin).
Parmi ces dernières, il y a la différence Paris/Province concernant l’homosexualité et son acceptation dans la société.
C’est de ça que j’ai décidé de vous parler aujourd’hui.
Ce sujet de réflexion buzze beaucoup autour de moi, pour plein de raisons différentes, notamment à la faveur de la diffusion du documentaire.
Ben oui, aurai-je pu faire ce que j’ai fait et continuer à marcher dans les rues de ma ville pareil après une telle visibilité ?
Une fille m’a fait remarquer l’autre jour que je ne me baladais à Paris à des heures impossibles, sans sifflet ni rien.
Avec le nombre de gens qui connaissent ma tête maintenant, ça va être drôle de croiser la route d’un homophobe un peu allumé sur un boulevard désert.
Hé bien, à Paris, même si on y «casse [encore] du pédé» (ne nous faisons pas d’illusions), la situation est quand même plus facile à vivre que dans une ville de province où les «on-dit» sont omniprésents, où, suivant l’échelle de la ville, on vous reconnaît plus facilement. Où on vous fait sentir plus violemment que vous n’êtes pas partie prenante de la société.
Je suis allée parler à Aurélie, une de mes followeuses sur Twitter (comme quoi c’est coul de me suivre, on supporte mes conneries, mais on peut être mis à l’honneur sur mon blog !), qui vit à Dijon, pour vérifier que tout ce que je pensais sur l’homophobie en province était réel et si ce n’était pas une énième lubie de parigote.
Le regard d’Aurélie est d’autant plus intéressant pour moi qu’elle est hétéro (et oui y’a pas que des gouines qui me suivent \o/), ce qui fait qu’elle est plus objective face à un tel sujet. «Personnellement, me dit-elle, je n'ai jamais vu de couple gay ou lesbien en faire étalage ouvertement dans la rue. Je pense que d'une certaine manière, ça doit être encore "mal vu". Les dijonnais vivent dans une ville du Moyen-Age, ils ne dérogent pas à leurs idées moyenâgeuse non plus -_-'».
Bon, ben, y’a encore du boulot.
Mon quai-du-train de l’autre jour n’était pas dijonnais, mais rêmois. J’avoue. Mais quand je lis un tel témoignage, je ne peux pas m’empêcher de penser que ma petite gouine aurait peut-être eu des soucis, si je l’avais embrassée, et c’était pas exactement le but poursuivi à l’origine.
Personnellement, je l’ai déjà écrit ici, je n’ai pas peur. Mais je suis assez peluche pour ne surtout jamais faire de mal à qui que ce soit. Et c’était une manière de mettre quelqu’un en danger.
Aurélie poursuit : «Mon père habite dans un petit village de la Nièvre, et là l'homosexualité est considéré par la gérontocratie locale comme une tare propre aux "jeunes" au même titre que la drogue et l'alcool. Pour avoir écouté les conversations qui se tiennent dans l'enceinte sacré de la pharmacie et/ou de la boulangerie, je peux en témoigner. Ca me révolte, mais il y a des gens qu'on ne peut pas changer. Je connais un couple de femmes qui vivent là-bas et qui ont même 2 petites filles, mais je ne sais pas si elles ont vécu ouvertement des cas d'homophobie.»
Elle pointe le problème souvent rencontré en province : quand ce n’est pas l’échelle de la ville, c’est la population qui n’aide pas. Vraiment pas.
Je me réjouis toujours quand ma jeune cousine me dit : «Mais t’as une copine ? C’est trop cool !» (alors que c’est faux, elle a vu le documentaire, mais ma copine m’a larguée ><*) parce que je me dis que les adultes de demain seront peut-être moins réfractaires sur ce point que leurs aînés parce qu’élevés dans un esprit de tolérance.
Mais les aînés, eux, sont à la traîne, et on ne peut pas leur en vouloir : ils viennent d’une autre époque et n’ont plus l’âge de changer d’avis. On se raidit quand on vieillit. C’est comme ça.
Et il se trouve qu’il y a plus de personnes âgés en province, qu’à Paris, en proportion avec la population.
Si ce n’est pas de l’homophobie violente type «casser du pédé», les personnes de ma communauté ont plus de mal à l’assumer en province parce que le poids des regards de travers de tout un village est parfois....hum usant.
Imaginez-vous entrer dans un salon de coiffure dans un silence de mort, où tout le monde vous suit du regard et commence à chuchoter sur votre passage. Génial, comme quotidien, hein ?
«A Paris, j'ai l'impression que tout est beaucoup plus "normal" et que tout passe plus facilement, mais je crois que c'est une façade», conclut Aurélie.
Je la rejoins sur ce point. Paris étant une capitale où plus de choses sont possibles, la communauté gay s’y est un peu «imposée». Mais cela ne veut pas dire que les gens n’en pensent pas moins.
La meilleure preuve est qu’on aie peur pour moi et qu’on me conseille de sortir le soir avec un sifflet. Qu’on me félicite pour mon courage.
Alors que je vis à Paris.
Le local de mon association a été vandalisé. Nous sommes dans la capitale.
Et si on apprenait à vivre ensemble, et pas les uns à côté des autres ?